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Égarements à propos de l’affaire Don Lemon

Le cas de la mise en accusation du journaliste, aujourd’hui indépendant, mais ancien présentateur de la chaîne CNN, Don Lemon et huit autres confrères fait partie de la logique actuelle de l’administration en place : faire peur, intimider et semer la terreur.

Bref rappel de cette affaire.

Don Lemon a été arrêté pendant la nuit à Los Angeles, tandis qu’un autre journaliste indépendant, Georgia Fort, et deux participants à la manifestation ont été arrêtés dans le Minnesota.

Un grand jury du Minnesota a inculpé Lemon et d’autres personnes pour complot et atteinte aux droits du Premier Amendement des fidèles lors de la manifestation du 18 janvier à l’église Cities Church de St. Paul, où un agent de l’Immigration and Customs Enforcement des États-Unis est pasteur.

L’avocate de la défense, Marilyn Bednarski, a déclaré que Lemon prévoit de plaider non coupable et de contester les charges dans le Minnesota.

Don Lemon, qui a été licencié de CNN en 2023 après une période mouvementée en tant qu’animateur matinal, a déclaré qu’il n’avait aucun lien avec l’organisation qui a pénétré dans l’église et qu’il était là en tant que journaliste solo pour chroniquer les manifestants.

L’accusation soutient que les faits reprochés ne sont pas isolés, mais s’inscrivent dans un schéma cohérent, répété et intentionnel, caractérisé par une continuité d’actions et une logique commune. Cette structuration est utilisée pour établir l’élément intentionnel.

Le ministère public affirme que le prévenu avait pleinement conscience du caractère illégal ou frauduleux de ses actes.

L’accusation met en avant l’usage de moyens précis (documents, systèmes, intermédiaires, procédures internes, ou dispositifs techniques) permettant de matérialiser l’infraction et d’en démontrer l’exécution concrète.

La mise en accusation insiste sur la compétence de la juridiction fédérale, en montrant que les faits relèvent bien des infractions invoquées (par leur nature, leur portée interétatique ou l’usage de moyens relevant du champ fédéral).

Mais ce qui est le plus surprenant c’est la méthode qui a été utilisée pour arriver à cette mise en accusation.

Invitée au podcast To the Contrary de Charlie Sykes, Christy Greenberg, ancienne cheffe adjoint de la division pénale du procureur des États-Unis pour le district sud de New York et aujourd’hui analyste juridique pour MS Now montre combien la démarche du ministère de la Justice est inhabituelle.

« En général, lorsqu’un juge dit à un procureur qu’il n’y a aucune preuve d’un complot, aucune preuve d’un crime, le procureur fait habituellement l’une de deux choses. Soit il dit : « D’accord, passons à autre chose. » Soit il répond : « Je ne suis pas d’accord. Je pense qu’il y a quelque chose. Laissez-moi voir si je peux renforcer mon dossier. Laissez-moi voir si je peux présenter davantage de preuves ou d’informations au juge ou à un grand jury afin d’étayer les accusations. »

Le ministère a d’abord saisi un juge magistrat, qui a dit que cela ne tenait pas. Il a ensuite fait appel devant un juge de district, ce qui est inédit. Ce juge de district, qui est pourtant conservateur, a dit : « Non, ce n’est pas comme ça que ça fonctionne. Je n’examinerai pas cette affaire. Il n’y a pas d’urgence en matière de sécurité nationale ici. »

Puis le ministère a saisi la cour d’appel du huitième circuit pour finalement obtenir des mandats d’arrêt. Franchement, c’est encore une fois totalement anormal.

En gros, chercher un interlocuteur jusqu’à tant qu’il en trouve un qui soit disposé à s’exécuter.

Mais ce qu’on ne fait pas, conclut-elle, c’est ce que ces procureurs ont fait ici : il ne semble pas qu’ils aient modifié leur dossier de quelque manière que ce soit. On a plutôt l’impression qu’ils ont simplement essayé de s’adresser à une autre autorité.

Bref, une pratique très particulière de la Justice et de l’état de droit. Mais cela devrait-il nous surprendre ?

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