Relire le discours de De Gaulle délivré le 1er septembre 1966 alors que les Américains s’enfonçaient dans leur guerre au Vietnam en arguant de la théorie des dominos dont beaucoup des responsables politiques de l’époque savaient qu’elle était fumeuse, au mieux un prétexte.
Certains passages n’ont pas pris une ride et peuvent appliquer sans aucune retenue à la situation d’aujourd’hui en Iran. De Gaulle met déjà en garde contre la volonté de puissance amércaine. Une puissance bien impuissante pourrait-on ajouter.
Le 1er Septembre 1966, présent dans la capitale Cambodgienne, le Général de Gaulle prononce devant plus de 200 000 personnes, le “Discours de Phnom-Penh”. Tout en rappelant l’indépendance de la France, il affirme l’existence d’une troisième voie représentée par les non-alignés. Cependant, le Général de Gaulle est également visionnaire et marque un tournant dans la manière d’envisager les relations Internationales pour les anciennes puissances coloniales.
Ces propos ont été ressentis à l’époque comme une gifle et une trahison par les Américains alors en guerre au Vietnam. Les Américains outrés, n’ont alors pas compris toute la subtilité et les nuances de ces paroles car il rend aussi un hommage aux valeurs de libertés qui fondent la démocratie américaine. Ils n’ont pas non plus saisi la lucidité de ses propos. En 1968, c’est à Paris que s’ouvrira la conférence qui mettra fin à la guerre du Vietnam (la guerre la plus inutile et la plus chère de l’histoire des Etats-Unis). Ce qui est impressionant, c’est que 60 ans plus tard ces paroles résonnent encore d’une manière originale et sont plus que jamais d’actualité.
Ci-dessous un discours de Phnom Penh appliqué à l’Iran
Le Destin de l’Iran et l’Illusion de la Force
Peuple d’Iran,
Si je m’adresse à vous aujourd’hui, c’est pour parler à la nation, à cette réalité charnelle et historique qui survit aux systèmes et aux hommes. Car il faut savoir distinguer, avec la clarté qu’exige l’Histoire, l’âme profonde d’un peuple des structures qui, par la force ou l’idéologie, prétendent le représenter.
Nous voyons un peuple iranien, héritier d’une culture de lumière, étouffé par un régime d’oppression. Nous voyons cette jeunesse, cette intelligence, cette soif de modernité, se heurter au joug d’une théocratie implacable, celle des ayatollahs et de leurs gardiens de la révolution, qui ont transformé une terre de civilisation en une forteresse de contrainte. La France ne confond pas l’Iran — pays de poètes et de bâtisseurs — avec l’appareil répressif qui, pour se maintenir, sacrifie le bonheur de ses enfants et la stabilité de ses voisins.
Pourtant, devant ce drame intérieur, que voyons-nous de l’autre côté du monde ? Nous voyons les États-Unis d’Amérique, une fois de plus, succomber à l’illusion que la force brute et la pression aveugle peuvent corriger le cours des destinées nationales.
La politique de Washington, bien qu’elle se pare des couleurs de la liberté, commet une erreur de jugement fondamentale :
- L’inefficacité des sanctions : En frappant sans discernement, on n’abat pas le régime, on épuise le peuple. On renforce l’oppresseur en lui offrant le bouclier du nationalisme.
- La menace militaire : Le déploiement de l’appareil guerrier américain sur les rives du Golfe ne fait qu’alimenter la paranoïa des gardiens de la révolution et justifier leur emprise.
- L’oubli de la souveraineté : L’Amérique, par son interventionnisme, semble avoir oublié sa propre genèse de pays champion du droit des peuples à disposer d’eux-mêmes, préférant aujourd’hui le rôle de juge et de gendarme lointain.
La France considère que les menaces de guerre et les démonstrations de puissance n’apportent aucune issue. Il n’y a aucune chance pour que les peuples de l’Orient se soumettent à la loi d’un étranger venu de l’autre rive du Pacifique, surtout quand cet étranger prétend libérer un peuple en l’encerclant de fer et de feu.
S’il est vrai que le régime actuel de l’Iran est un obstacle à la paix, la solution ne peut venir d’une « expédition lointaine » américaine qui, comme nous l’avons vu ailleurs, ne sème que le chaos sur lequel germent de nouvelles tyrannies. La solution appartient aux Iraniens, et à eux seuls, pourvu qu’on cesse de leur imposer des cadres extérieurs qui ne servent que les intérêts de puissances rivales.
À l’Amérique, la France dit ceci, forte de sa propre expérience des décolonisations et des combats stériles : renoncer à l’escalade, au profit d’un arrangement international garantissant la neutralité de la région et le respect des frontières, ne blesserait en rien votre fierté. Au contraire, ce serait faire preuve de la sagesse des grandes puissances que de laisser le temps et le génie propre du peuple iranien opérer sa propre transformation.
L’Iran n’est pas le Cambodge ; c’est un géant momentanément enchaîné par ses propres démons intérieurs. Vouloir le briser par l’extérieur, c’est prendre le risque d’une catastrophe mondiale. Laisser la nation iranienne retrouver son propre chemin, sans l’ingérence des blocs, voilà la seule politique qui vaille.
Vive le peuple iranien !
Vive la France !
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Ecouter aussi Zbigniew Brzezinski, ancien conseiller à la sécurité nationale de Jimmy Carter qui explique en 2012 ce qui purrait se passer si d’aventure un président des Etats-Unis se lançait dans une opération en Iran.
President Trump has said on multiple occasions that no one could have predicted that Iran would attack its neighbors in the Middle East if it was struck by the U.S. and Israel. Former national security adviser Dr. Zbigniew Brzezinski in 2012 laid out the global implications of a new war in the region and America’s limits in controlling the outcome.
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Enfin, on ne peut qu’être abasourdi de la jouissance que semble procurer à Pete Hegseth et à Donald Trump la guerre en Iran et les douleurs qu’elle inflige au peuple iranen. Et le ministre à la Défense qui explique que les troupes américaines se battent pour Jesus. Il demande aux Américains to pray “every day, on bended knee” for a military victory in the Middle East “in the name of Jesus Christ.”
Dans son homélie de la Messe Chrismale du 2 avril 2026, le Pape Léon XIV a fermement critiqué l’usage du pouvoir et de la force, s’opposant indirectement mais clairement à toute justification religieuse de la guerre, notamment dans le contexte des tensions ou conflits contemporains (comme ceux impliquant l’Iran).
Le Pape souligne que la mission chrétienne ne peut jamais être un outil de domination ou de stratégie calculée. Il a rappelé qu’aucun bien ne peut naître de l’abus de pouvoir, que ce soit dans l’Église ou dans la sphère politique.
“It is now a priority to remember that neither in the pastoral sphere nor in the social and political spheres can good come from abuse of power.”
“Mission has not infrequently been distorted by a desire for domination, entirely foreign to the way of Jesus Christ.”
Selon des rapports sur cette célébration, le Pape a réagi aux discours invoquant le nom de Jésus pour justifier la violence, affirmant que Dieu n’écoute pas les prières de ceux qui font la guerre. Il a insisté sur le fait que la mission de Jésus est une mission de réconciliation et de libération, et non de conquête.
“Jesus’ freedom changes hearts, heals wounds… reconciles and gathers us together, and forgives and raises us up.”
Léon XIV a utilisé des termes forts pour décrire l’état actuel du monde, qualifiant les logiques de puissance de “mortelles” et opposant la Croix du Christ aux structures de domination mondiale.
“The imperialist occupation of the world is thus disrupted from within; the violence that until now has been the law is unmasked.”
“In this dark hour of history, it has pleased God to send us to spread the fragrance of Christ where the stench of death reigns.”
Le Pape a conclu que même dans les lieux de sécularisation avancée ou de conflit, les chrétiens doivent agir comme des “invités” et non comme des conquérants, privilégiant le dialogue et le respect des cultures.
“The great missionaries bear witnesses to quiet, unobtrusive approaches… the renunciation of any calculated strategy, dialogue and respect.”
“Even the places where secularization seems most advanced are not lands to be conquered or reconquered.”