Aller au contenu Skip to footer

Bienvenue au Cabinetburo

“This has never been done before!” s’est exclamé Donald Trump ouvrant la réunion de son cabinet devant les caméras de télévision. Et pour cause. Plus de trois heures de déclarations de ministres unanimement laudatrices, presque cérémonielles. Avec une administration qui se présente comme victorieuse, légitime et en croisade pour « sauver » l’Amérique.

“Mr. President, it is the greatest honor of my life to serve under your leadership. The American people know they are safe again because of you”

a affirmé le Vice President J.D. Vance.

“The world respects America once more because they respect you, Mr. President. There has never been a leader like you in modern times”

 a poursuivi Marco Rubio, Secretary of State.

 “Our military is strong not just in numbers, but because it has a commander-in-chief who inspires unmatched loyalty. You give us courage, sir”

a tenu à rassurer Pete Hegseth, secretary of Defense.

“Mr. President, the border is secure because of your vision. Every day I thank God that you are at the helm”

a proclamé Kristi Noem, Secretary of Homeland Security

Et pour couronner le tout,“You are not only our President, you are the voice and heart of the American people” a révélé au monde Susie Wiles, Chief of Staff.

On croyait assister à un conseil des ministres. Ce fut un office. L’Amérique n’a plus un cabinet, elle a une chapelle. Au centre, le prêtre : Donald Trump. Tout autour, les chantres, qui rivalisent de ferveur. On n’a pas débattu, on a psalmodié.

Le vice-président a ouvert le bal : servir Trump est « le plus grand honneur de sa vie ». Marco Rubio, qualifié en son temps par le maître de Little Mario, s’est grandi en surenchérissant : « le monde n’a jamais connu pareil dirigeant ». Les Romains disaient la même chose de César, juste avant de le poignarder.

Pete Hegseth n’a pas parlé de budget militaire, mais de « loyauté inégalée » que seul le Président inspire. Kristi Noem a franchi le Rubicon de la dévotion : « chaque jour, je remercie Dieu que vous soyez à la barre ». En somme, Donald Trump est à la fois chef d’État et saint patron.

Robert Kennedy Jr. – son père doit se retourner dans sa tombe – fut le plus inventif : grâce à Trump, on sauvera les baleines, les pêcheurs, les assurances, et même la condition physique des ministres. À Versailles, on louait le Roi-Soleil pour ses pas de danse. À Washington, on loue Donald Trump pour son swing de golf. La flatterie est un art éternel, mais ici elle vire au grotesque.

On se croirait au temps des Tsars, quand on faisait bénir les récoltes en attribuant au souverain la pluie et le beau temps. Staline avait droit aux mêmes dithyrambes : « génie de l’humanité », disait-on, pendant que l’Ukraine mourait de faim. Mussolini « avait toujours raison » (“Mussolini ha sempre ragione”), jusqu’au jour où on le pendit à un crochet de boucher.

Ces liturgies de la flagornerie se paient cher. Un gouvernement qui ne délibère plus s’aveugle. Une nation qui transforme ses ministres en thuriféraires abdique le sérieux de la politique. L’encens finit toujours par étouffer celui qui le respire. Hier, l’Amérique avait un conseil. Aujourd’hui, elle a une cour. Demain, si l’histoire se répète, elle en aura la facture.

Donald Trump avait expliqué en ouvrant la réunion : “The line is that I’m a dictator, but I stop crime. So a lot of people say, ‘You know, if that’s the case, I’d rather have a dictator.’”

Recevez les derniers articles directement dans votre boîte mail !

Un Jour en Amérique © 2025. Tous droits réservés. 
Consentement des cookies