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La censure de Stephen Colbert

Le 16 février 2026, la direction de CBS a interdit à Stephen Colbert de diffuser son interview de James Talarico, un représentant démocrate du Texas candidat au Sénat contre le républicain John Cornyn. Bien que l’entretien ait été enregistré, les avocats de la chaîne ont ordonné à Colbert de ne pas le diffuser, et même de ne pas mentionner cette interdiction à l’antenne, une consigne que l’animateur a ouvertement ignorée. Les jours de Stephen Colbert sont peut-être compté. Toutefois, l’épisode de Jimmy Kimmel devrait faire réfléchir les nouveaux responsables de la chaîne.

La FCC (commission fédérale des communications), sous la direction de Brendan Carr, un fidèle de Donald Trump, a utilisé une interprétation détournée de la « règle du temps d’antenne égal » (equal time rule) pour justifier cette censure. Traditionnellement, les émissions de divertissement et de débats étaient exemptées de cette règle au nom de l’information de “bonne foi”. Le 21 janvier 2026, la FCC a publié un avis déclarant que ces émissions ne bénéficieraient plus d’une exemption automatique.

La FCC se réserve désormais le droit de juger, au cas par cas, si une émission est motivée par des « fins partisanes » ou constitue de la « fake news ». En gros, un jugement à la tête du client.

En supprimant cette exemption, la FCC rend la réception de candidats démocrates pratiquement impossible : si Colbert accordait 10 minutes à Talarico, CBS devrait offrir le même temps de grande écoute aux 14 autres candidats au Sénat du Texas.

Alors que la télévision traditionnelle (par opposition au câble) est visée, Brendan Carr a explicitement épargné la radio, un média dominé depuis longtemps par les voix conservatrices (après le passage de l’AM à la FM, les talk shows de droite et d’extrême droite, dont Rush Limbaugh était un représentant emblématique, ont envahi la radio), en affirmant qu’aucune mesure n’était nécessaire dans ce secteur.

Il s’agit là d’un exemple patent de la soumission des médias « mainstream » aux intérêts du pouvoir en place. Exemple va de pair après la reprise de contrôle de nombre de médias par des multimilliardaires qui, aujourd’hui, ont fait allégeance à Donald Trump.

CBS appartient désormais à Paramount Skydance, une entité contrôlée par David Ellison, fils de Larry Ellison (6ème homme le plus riche du monde et soutien majeur de Donald Trump). David Ellison a nommé Bari Weiss, une figure médiatique conservatrice, au poste de rédactrice en chef de CBS News.

Pour obtenir l’approbation de la fusion Paramount-Skydance par la FCC, le groupe a dû accepter des conditions strictes, comme la fermeture de tous les programmes de diversité (DEI) et le paiement d’un règlement de 16 millions de dollars pour mettre fin à un procès en diffamation intenté par Trump.

Stephen Colbert a souligné que son propre réseau appliquait ces directives par peur de représailles financières, agissant comme si les menaces de la FCC étaient déjà des lois établies.

Autre exemple, celui de Jeff Bezos. Le patron d’Amazon et cinquième fortune du monde, a acheté le Washington Post en 2013. Il avait alors adopté une approche de non-intervention pendant une décennie, mais en 2024 il a commencé à intervenir de manière intensive, empêchant sa rédaction de soutenir à Kamala Harris, puis exigeant que la section opinion se concentre sur les « libertés personnelles et les marchés libres ». Il a désormais vidé la salle de rédaction, laissant le journal qui a fait tomber Richard Nixon une coquille de lui-même. Quelques 300 journalistes sur 800 ont reçu leur annonce de licenciement sec parfois dans des conditions impensables en France : par mail, en plein reportage en Ukraine…

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