“It’s become a common refrain in the United States: Our allies don’t contribute enough to the costs of global security. But that claim doesn’t stand up to scrutiny”. C’est ce qu’indique le Think Tank Rand (qui n’est pas une institution radical leftist) dans un article publié par le Financial Times intitulé What Do U.S. Allies Really Contribute to the Costs of Global Security?.
Dans le débat politique américain, une accusation revient avec une régularité presque mécanique : les alliés des États-Unis ne feraient pas leur juste part pour assurer la sécurité mondiale. Cette affirmation, souvent martelée à Washington, repose pourtant sur une lecture simpliste — et trompeuse — de la réalité.
Tout part d’un chiffre devenu fétiche : 2 %. Il s’agit du pourcentage du PIB que chaque pays membre de l’OTAN s’est engagé à consacrer à sa défense. En 2024, vingt-trois des trente-deux membres ont atteint cet objectif, contre seulement trois il y a dix ans. De quoi alimenter l’argument selon lequel les alliés « en font enfin assez » — ou, pour d’autres, qu’ils restent encore insuffisants.
Mais ce seuil des 2 % n’a jamais été un bon indicateur de la contribution réelle à la sécurité collective.
Imaginons deux pays. Le premier consacre 2,1 % de son PIB à la défense, principalement pour entretenir du matériel vieillissant et financer les pensions de retraités militaires. Le second dépense 1,9 %, mais dispose d’une armée bien entraînée, d’équipements modernes et d’une industrie de drones de pointe. Sur le papier, seul le premier respecte l’objectif de l’OTAN. Dans les faits, aucun commandant militaire ne préférerait ce pays-là comme allié.
Peut-on évaluer plus précisément ce que chaque allié apporte réellement à la défense commune ? C’est l’objectif du travail mené par la RAND pour le Bureau du secrétaire américain à la Défense. L’étude ne se contente pas d’additionner les budgets : elle recense les capacités concrètes — sous-marins, satellites, avions tactiques, ravitailleurs — mais aussi les contributions aux opérations de maintien de la paix et les coûts économiques liés à l’application de sanctions internationales.
En mettant à jour une première étude datant de 2017, les chercheurs aboutissent à un constat éclairant : la part des États-Unis dans l’effort global de sécurité a diminué depuis la fin de la guerre froide. Elle est passée de 53 % à environ 39 % en 2023. Un chiffre conséquent, certes, mais loin de l’idée d’un allié américain « exploité » par le reste du monde.
Les autres pays de l’OTAN représentent désormais une part quasiment équivalente, à 38 %. Les alliés asiatiques comptent pour 13 %, tandis que ceux du Moyen-Orient et d’Amérique du Sud assurent les 10 % restants. Autrement dit, la sécurité mondiale est déjà un effort bien plus partagé qu’on ne le prétend souvent.
Reste une interrogation centrale : chaque pays contribue-t-il à hauteur de ses moyens ? Pour y répondre, RAND a comparé la part de chaque État dans l’effort de défense collectif à sa part dans le PIB total des alliés. Un ratio supérieur à 1 signifie qu’un pays assume sa « juste part », non pas en dépenses brutes, mais en capacités effectives.
En 2023, dix-neuf pays dépassaient ce seuil. Les États-Unis affichaient un ratio de 1,07, légèrement en retrait par rapport à la moyenne de l’OTAN (1,10), et à peine devant la France et le Royaume-Uni. Les pays d’Europe de l’Est figurent parmi les meilleurs contributeurs — une réalité logique au regard de la guerre menée par la Russie en Ukraine. Mais la Grèce, l’Italie, la Pologne ou les Pays-Bas se distinguent également, tout comme la Corée du Sud, souvent accusée à tort par le passé de ne pas en faire assez.
Cette approche permet aussi d’identifier les pays qui pourraient aller plus loin. Le Canada, par exemple, devrait quasiment doubler son effort pour atteindre les objectifs de l’OTAN. La Slovaquie est en retrait par rapport à ses voisins d’Europe centrale. L’Australie et le Brésil disposent, eux aussi, de marges de manœuvre économiques plus importantes.
Parmi les surprises de l’étude figure l’Espagne. Son effort militaire, mesuré en pourcentage du PIB, est l’un des plus faibles d’Europe. Pourtant, les données du commerce international montrent qu’elle a perdu plus de 10 milliards de dollars d’exportations depuis 2018 en appliquant les sanctions contre la Russie.
Ces sanctions, intégrées à l’indice de RAND, sont considérées comme un outil stratégique essentiel de dissuasion non violente contre des États comme la Russie ou l’Iran. Lorsqu’on les exclut du calcul, la part américaine dans l’effort global bondit de 39 % à 47 %, tandis que celle du reste de l’OTAN chute de 38 % à 29 %. La lecture politique du « fardeau » change alors radicalement.
S’acharner sur des objectifs abstraits n’a jamais permis d’améliorer réellement la sécurité collective. L’indice proposé par RAND offre au contraire une base pour des demandes ciblées et pragmatiques : si l’OTAN manque de drones de haute technologie, mieux vaut s’adresser aux pays disposant d’un tissu industriel adapté, même s’ils dépensent moins de 2 % de leur PIB. Besoin de ravitailleurs aériens ? Autant regarder du côté des États dotés d’une forte industrie lourde.
L’OTAN elle-même présente le seuil des 2 % comme un simple « indicateur de volonté politique ». Le problème n’est pas là, mais dans l’usage qui en est fait dans le débat américain : souvent simplificateur, parfois franchement erroné. Le monde ne deviendra pas plus sûr par magie si tous les alliés atteignent ce chiffre.
Mais tout ceci n’empêche par Donald Trump de se plaindre que les alliés européens ne contribuent pas assez.