Une vague de grand froid s’est abattue sur les États-Unis. Aussitôt, une nuée d’esprits faibles se croit autorisée à déclarer forfait au réel. « Regardez, il gèle : le dérèglement climatique est une fable. » Voilà donc la science mondiale mise en échec par un bonnet et un thermomètre.
On connaissait l’argumentation à la petite semaine ; voici la pensée à la petite température. Confondre météo et climat n’est plus une erreur : c’est devenu un projet intellectuel. Trois jours de froid suffisent à effacer cinquante ans de données, des incendies géants, des sécheresses records, des océans en surchauffe. La logique est aussi solide que la banquise qu’ils prétendent défendre ou conquérir.
Détail cruel : ces vagues de froid sont précisément l’un des effets du dérèglement climatique, via la dislocation des équilibres atmosphériques. Mais il faudrait réfléchir, et réfléchir gêne quand se moquer suffit.
Le plus tragique n’est pas leur bêtise — elle est stable — mais leur utilité politique. Chaque moquerie alimente l’inaction, chaque blague repousse la décision, chaque tweet glacé réchauffe un peu plus le chaos à venir. Le climat n’a pas d’opinion. Il n’argumente pas. Il frappe. Et il se moque éperdument de ceux qui confondent encore le froid du jour avec l’avenir du monde.
