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Afghanistan : comment et pourquoi ?

Comment l’Afghanistan a pu tomber aussi rapidement sous le contrôle des Talibans ? Telle est l’une des questions que l’on ne peut pas ne pas se poser concernant les événements de ces derniers jours. On est certainement loin d’avoir épuiser le sujet mais on commence à avoir quelques événements de réponse.

Les premières explications commencent à sortir sur cette prise du pouvoir qui s’est faite sans que le bruit des armes ne se fasse trop entendre. Les Talibans ont apparemment développé une stratégie fondée sur la patience, la persuasion et la menace. Après avoir signé l’accord avec les autorités américaines en février 2020 à Doha au Qatar sous l’administration Trump, ils ont commencé un travail de fourmi en prenant contact avec les responsables des différents districts, puis des capitales des provinces pour conclure des accords séparés les uns après les autres. Les termes de l’échange étaient simples : se rendre ou être confronter à de sérieuses représailles. Pas facile de continuer à ses battre quand on n’a pas touché sa solde depuis plusieurs mois, non pas parce qu’il n’y avait pas d’argent dans les caisses puisque les Américains finançaient, mais parce que l’argent était détourné entre le commanditaire et le récipiendaire présumé.

C’est ce que décrit le Washington Post dans un article qui montre comment les Talibans ont approché des responsables afghans de second rang, totalement démoralisés par l’accord signé par les Américains (Afghanistan’s military collapse: Illicit deals and mass desertions) Rappelons que les représentants du gouvernement afghan n’ont pas été invité a participé à ces négociations. Plutôt que de lutter pour une cause qu’ils croyaient perdu d’avance et face à la corruption de leurs supérieurs, ils ont baissé les bras, parfois pour garder leur liberté et/ou en échange d’argent. Le départ des Américains, de l’aide logistique et de l’appui arien, crucial pour repousser la pression des Talibans a accéléré un mouvement déjà bien engagé. De telle sorte que le contrôle du pays ne s’est pas fait en neuf mois, ni même en neuf semaines mais en neuf jours. Une sorte d’effet domino en action.

 

Donald Trump avait donc prévu un départ le 1er mai sans trop imposer de conditions aux afghans, si ce n’est de ne pas s’en prendre à des citoyens américains. Joe Biden qui est depuis très longtemps sur la même ligne de retrait des troupes de l’Afghanistan a maintenu les termes de l’accord sans condition supplémentaire en s’accordant quelques mois de plus pour le retrait des soldats. Donald Trump, qui s’est félicité lors d’un meeting en juin dernier d’avoir empêché son successeur de modifier le cours des choses, essaie maintenant de récrire l’histoire en critiquant son successeur de tout et son contraire.

Barack Obama avait commencé la phase d’afghanisation de la lutte contre les Talibans tout comme Richard Nixon avait lancé en son temps la vietnamisation. Cette politique vise à attribuer un rôle croissant aux forces sud-vietnamiennes dans les combats par un programme d’accroissement, d’équipement et de formation militaire, tout en réduisant progressivement le nombre des troupes de combat américaines. Une décision prise avec les mêmes arguments qu’à l’époque, quatre ans après le début de la guerre :

– « The war had been going on for 4 years.
-31,000 Americans had been killed in action.
-The training program for the South Vietnamese was behind schedule.
-540,000 Americans were in Vietnam with no plans to reduce the number.
-No progress had been made at the negotiations in Paris and the United States had not put forth a comprehensive peace proposal.
-The war was causing deep division at home and criticism from many of our friends as well as our enemies abroad ».

President Richard Nixon Address to the Nation on the War in Vietnam, November 3, 1969

Une initiative prise en novembre 1969 et le discours de Nixon annonçant cette décision est intéressante à la lumière des événements d’aujourd’hui.

« In January I could only conclude that the precipitate withdrawal of American forces from Vietnam would be a disaster not only for South Vietnam but for the United States and for the cause of peace. For the South Vietnamese, our precipitate withdrawal would inevitably allow the Communists to repeat the massacres which followed their takeover in the North 15 years before ».

Les leçons de la Vietnamisation et du retrait des troupes américaines de Vietnam n’ont pas été retenues. Près d’un demi-siècle plus tard, l’Administration américaine semblent reproduire les mêmes erreurs. La constitution, la formation et l’équipement d’une armée et d’une police afghane, au total près de 350 000 hommes, financées à grand frais – 85 milliards de dollars – n’ont servi à rien si l’on en juge par la rapidité de la chute du pays. « We kept changing guys who were in charge of training the Afghan forces, and every time a new guy came in, he changed the way that they were being trained », explique Robert Gates, ministre de la Défense de George W. Bush et de Barack Obama lors d’une intervention à l’Université de Virginie. « The one thing they all had in common was they were all trying to train a Western army instead of figuring out the strengths of the Afghans as a fighting people and then building on that ». (Source : Afghan security forces’ wholesale collapse was years in the making). Sans parler de la prise de possession de l’équipement militaire américain par les Talibans (« more than 2,000 armored vehicles, including U.S. Humvees, and up to 40 aircraft potentially including UH-60 Black Hawks, scout attack helicopters, and ScanEagle military drones » – Source : Planes, guns, night-vision goggles: The Taliban’s new U.S.-made war chest).

Concernant le retrait des troupes américaines de Kaboul, les termes de fiasco et de chaos semblent les plus appropriés pour décrire la situation même si l’Administration Biden essaie de rattraper l’erreur de jugement concernant le séquencement de la prise de contrôle du pays par les Talibans. La sécurisation de l’aéroport de Kaboul permet aux avions de décoller mais le contrôle du périmètre extérieur rend extrêmement difficile l’accès des Américains et des partenaires afghans.

Quant à la suite des événements après l’évacuation, elle ne pousse pas à l’optimisme même si les responsables Talibans se sont lancés dans une opération de communication visant à rassurer la communauté internationale. L’analogie avec la guerre du Vietnam indique que les années à venir vont être difficiles si l’on en juge par la tribune Viet Thanh Nguyen, professeur de littérature à l’Université de Californie du Sud, qui avait quatre ans quand Saïgon est tombé : « Americans also like to think that wars end when they are declared to end. But the aftereffects of war continue for years. In Vietnam, the victorious Vietnamese imprisoned untold numbers of South Vietnamese soldiers, politicians, priests, sex workers and other people in re-education camps, where many died of illness, starvation and overwork. Others were executed. Prison sentences ran from months to more than a decade » ( I Can’t Forget the Lessons of Vietnam. Neither Should You). Les Talibans ne sont pas plus recommandables que les communistes nord-vietnamiens de l’époque.

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